Interview
• Updated
18 March 2020
LSP

Axelle Calcus, postdoctoral researcher in neuroscience - Auditory perception in children

Axelle Calcus est spécialiste en neurosciences cognitives de l’audition et fait partie du Laboratoire des Systèmes Perceptifs (LSP).

ACAxelle Calcus s’intéresse de près à la perception auditive chez l’enfant et au lien qui existe entre perception de la parole, acquisition du langage et performance scolaire. Elle travaille tout particulièrement sur le développement des habiletés de perception de la parole dans le bruit. Un sujet de recherche qu’elle a commencé à explorer en thèse à l’Université Libre de Bruxelles avec des travaux centrés sur sur la perception de la parole dans le bruit chez l’enfant dyslexique.

Doctorat en poche, Axelle Calcus est ensuite partie à Boston University pour étudier la neurophysiologie de l'intelligibilité dans le bruit chez l’adulte, avant de rejoindre une équipe de recherche à Londres (University College London) pour travailler au traitement neural des sons chez l’enfant malentendant. Aujourd’hui, elle fait partie du Laboratoire des Systèmes Perceptifs (LSP), où elle s’attache à comprendre pourquoi certains auditeurs sont plus sensibles que d’autres à la présence de bruit dans l’environnement.
La psychophysique est aussi étudiée au LSP : le lien entre les caractéristiques physiques des sons ou des images et la représentation que les humains s’en font. « L’équipe dont je fais partie s’intéresse comme moi à la perception auditive », précise la scientifique. « D’où viennent les difficultés de perception de la parole dans le bruit ? Quelles sont les conséquences de la perte auditive sur la perception de la parole, dans le calme et dans le bruit ? Comment cela évolue-t-il chez l’enfant, l’adulte, et l’adulte âgé ? Quels sont les processus neuraux qui sous-tendent la perception auditive ? »

De la musique aux neurosciences cognitives de l’audition

Lorsqu’on lui demande d’où vient cette passion pour les sciences cognitives et plus particulièrement pour l’étude de l'audition des enfants, c’est de son parcours de musicienne qu’Axelle Calcus nous parle.  « Je suis pianiste, j’ai toujours été fascinée par les sons, et la façon dont on les perçoit. En particulier, le lien entre expertise et perception m’a toujours intéressée : comment se fait-il que les mêmes sons soient parfois perçus de manière différente par différents individus qui, au demeurant, ont une audition normale ? »

La chercheuse a rapidement découvert que l’expertise musicale ou linguistique peut mener à des “super-capacités” auditives : « les musiciens ou les personnes bilingues semblent mieux percevoir certains indices acoustiques, ce qui améliore leur perception. À l’inverse, certaines personnes ont une ouïe cliniquement normale, mais rencontrent de grandes difficultés dans des environnements bruyants. » C’est le cas des enfants dyslexiques : la présence de bruit dans leur environnement les affecte plus que leurs pairs, ce qui semble, indirectement, rendre leur acquisition de la lecture plus difficile. « Partant de ce constat, j’ai nourri un intérêt grandissant pour les neurosciences cognitives de l’audition dans une perspective développementale », explique Axelle Calcus.

Sensibiliser le grand public à la recherche autour de la perte de l’audition

Dans des environnements bruyants, comme une salle de classe ou un restaurant, plusieurs sources sonores génèrent des sons concurrents, qui n’ont pas tous la même importance pour l’auditeur, qui doit différencier les paroles de son interlocuteur des bruits « parasites » (voix des autres personnes, bruits de chaise…). Pour comprendre ce que celui-ci lui dit, l’auditeur doit combiner une bonne représentation sensorielle au niveau de la cochlée(1), et une sélection adéquate du signal auditif pertinent, qui se passe au niveau des voies auditives centrales (au niveau du cerveau). « Pour le moment, je m’intéresse à ce phénomène de sélection du signal auditif pertinent, à travers l’étude du gain neural : en présence de signaux auditifs concurrents, la représentation du son d’intérêt est amplifiée par les neurones, tandis que celle des sons interférents est inhibée. J’essaie de déterminer si ce phénomène de gain neural peut expliquer les différences d’habiletés de perception de la parole dans le bruit, ainsi que son développement chez l’enfant. »

Pour Axelle Calcus, le partage des connaissances est une dimension essentielle du travail des chercheurs et des chercheuses. Elle participe régulièrement à des manifestations destinées au grand public qui sont autant d’opportunités de le sensibiliser à la recherche sur le thème des neurosciences cognitives de l’audition, et en particulier de la perte de l’audition. Pour être informé ou découvrir ses travaux, la meilleure manière est sans doute de la suivre sur Twitter.


(1) Organe de l'oreille interne ayant pour rôle de transformer les ondes sonores en influx nerveux.

Propos recueillis par le service de communication de l'ENS-PSL.

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