A study carried out as a collective project involving students from PSL's Master of Cognitive Science program led to the publication of an article in the Journal of Cognition and Culture last February. This study explores the impact of the perception of cuteness on the evolution of cultural artifacts, notably teddy bears. The project was initiated by Olivier Morin, CNRS research director at the Institut Jean Nicod, who teaches the “Cultural Evolution” course, and Edgar Dubourg, a doctoral student at the IJN at the time, and co-teacher of the course.
Un cas pratique pour former aux étapes de la recherche
Olivier Morin enseigne le cours du master de sciences cognitives consacré à l’évolution culturelle depuis 2022. Ce cours a pour objectif d'apprendre à s'engager dans les débats contemporains dans le domaine de l'évolution culturelle, à comprendre et à appliquer des modèles simples d'évolution culturelle et à analyser des données culturelles provenant d'expériences, de sources historiques ou de données Internet. La conduite d’un projet individuel ou collectif fait partie du programme. Mais c’est la première fois qu’il est décidé d’aller jusqu’à la soumission d’un papier issue d’un travail collectif effectué par des étudiants et des étudiantes, à un journal scientifique.
« Je fais en sorte que le cours contienne une partie de projet personnel individuel ou collectif explique Olivier Morin. Les années précédentes, j'avais vu de très beaux projets individuels qui auraient pu faire des papiers avec un peu de travail, ça nous a donné l'idée de faire un projet collectif qui débouche sur un article publié. L'idée étant de former les étudiants et les étudiantes à toutes les étapes de la recherche, de A à Z, jusqu'à la publication. »
Olivier Morin et Edgar Dubourg ont choisi un projet de réplication (reproduire l'étude originale aussi fidèlement que possible afin d'en vérifier les résultats) « pour faciliter les choses et cadrer au maximum le projet dans le temps, explique le chercheur, et aussi parce que c'est une question qui nous travaillait depuis un certain temps (le sujet est moins anecdotique qu'il n'en a l'air, c'est vraiment une question pour la communauté). On savait qu'on irait jusqu'au stade de la soumission du papier, mais pour être franc, on ne pensait pas que ça réussirait aussi bien et qu'on serait rapidement publiés. »
« Les années précédentes, explique Edgar Dubourg, Olivier avait déjà organisé des validations sur projet dans le cadre de son cours. Les élèves étaient évalué·es après avoir réalisé des étapes très concrètes d’un projet de recherche (récolte de données, analyses de données, etc). Mais sur des projets différents à chaque fois. En arrivant comme assistant dans son cours, nous avons commencé à discuter de l’idée de passer par les mêmes étapes et les mêmes validations mais sur un projet commun pour rendre l’ensemble plus motivant. Comme les années précédentes il me semble (avant que j’arrive) les élèves étaient donc évalués sur la base d’étapes de projet à réaliser en groupe mais cette fois-ci l’analyse allait se faire sur leur propre données récoltées, l’interprétation sur leurs propres analyses, etc. Nous avions anticipé dès le début que nous pourrions peut-être avoir un article publiable à la fin ».
Étude des traits néoténiques des ours en peluche
Pour explorer l'impact de la perception de la mignonnerie sur l'évolution des ours en peluche, les scientifiques se sont penché·es sur l’évolution, au fil du temps, des traits néoténiques - la taille des yeux, la hauteur du front et la rondeur de la tête - chez les ours en peluche.
Les travaux de recherche du zoologiste, éthologue et psychologue britannique Robert Audrey Hinde et de Gary Barden en 1980 révélaient bien une augmentation de la néoténie (la néoténie décrit, en biologie du développement, la conservation de caractéristiques juvéniles chez les adultes d'une espèce) des ours en peluche. Dans une étude publiée en 1985, Stephen Jay Gould, paléontologue américain, spécialiste de l’évolution, constatait que les caractéristiques de Mickey Mouse devenaient plus néoténiques avec le temps. Cependant, ces deux études manquaient de puissance statistique puisqu’elles ne portaient que sur quinze ours en peluche et trois dessins de Mickey Mouse.
Le collectif d’étudiants et d’étudiantes a répliqué l’étude en s’appuyant cette fois-ci sur un grand nombre de données recueillies auprès de huit grands fabricants d'ours en peluche sur neuf décennies (1900-1980). Il a été constaté que la hauteur du front des ours en peluche augmentait de manière significative au fil du temps. En revanche, la prédiction selon laquelle les têtes devenaient plus rondes et les yeux plus grands n'a pas été confirmée. L’article met également en avant des limites méthodologiques clés que les recherches futures devront prendre en compte pour approfondir notre compréhension de l'évolution culturelle de la beauté et des artefacts culturels de manière plus générale : le biais d'échantillonnage, l'inexactitude des métadonnées, l'ambiguïté de la catégorisation et l'ambiguïté de la fonction.
Une première pour les étudiants et les étudiantes
L’exercice a permis aux étudiants et aux étudiantes de saisir toute la richesse du travail collectif, collaboratif et du partage avec la communauté scientifique.
« Ayant eu l’occasion de travailler sur des projets de recherche visant une publication, notamment avec Edgar, j’avais déjà eu un aperçu de ce que pouvait être la recherche académique, explique Quentin Borredon. En revanche, c’est bien la première fois que je vis ce processus jusqu’à la publication de l’article ! » Une expérience qui a confirmée l’attrait de l’étudiant en deuxième année de master pour la participation à des projets de recherche. « Ce que j’ai trouvé particulièrement enrichissant et motivant, c’est la démystification du processus de publication scientifique. J’avais encore en tête une vision très “prestigieuse” et difficilement accessible de la publication, alors qu’au final, c’est un processus relativement courant. Ce que j’entends par là, c’est qu’au cœur de la publication, il s’agit simplement de scientifiques qui se regroupent pour créer de la connaissance et la partager avec la communauté. C’est exactement ce que nous avons fait, et c’est en cela que le prestige et l’appréhension liés à la publication se sont estompés. De plus, être impliqué dans l’ensemble du processus renforce l’idée qu’à plusieurs, on peut progresser rapidement vers une publication et que l’intelligence collective joue un rôle clé. Le groupe permet d’évaluer les idées, de les pousser dans leurs retranchements et ainsi de favoriser la créativité. J’ai aussi beaucoup apprécié cette dynamique : partir de peu et construire un projet ensemble jusqu’à sa concrétisation. »
Marie Hallo a elle aussi aimé cet exercice original et sa dimension collaborative. « Il est plus courant pour nous, étudiants et étudiantes, de s'initier à la recherche à travers des stages mais c'était une première immersion vraiment unique puisqu'elle nous a permis de collaborer pendant toutes les étapes de la réalisation de l'article. Ainsi, nous avons pu travailler en groupe chaque semaine puis nous avons échangé tous ensemble en classe pour affiner nos choix. Dans le domaine des sciences cognitives, la plupart des articles sont co-écrits, mais les stages impliquent souvent une relation plus verticale avec notre encadrant·e. C'était donc agréable de pouvoir explorer cette dimension collaborative. Cela nous a également permis de nous familiariser avec l'exercice de la réplication, et ce type de travail est particulièrement important dans notre discipline. »
POUR EN SAVOIR PLUS
Borredon, Q., Bulamac, Z., Crozat, C., Dayre, E., Fuchs, E., Hallo, M., Kerzreho, L., Lavagne d’Ortigue, P., Lellouche, T., Samani, H., Penel, S., Ryszefld, N., Sandhu, T., Timsit, A., Yrjö-Koskinen, J., Morin, O., & Dubourg, E. (2025). Did Teddy Bears Culturally Evolve to Be Cuter? A Preregistered Replication. Journal of Cognition and Culture, 25(1-2), 114-127. doi:10.1163/15685373-12340203