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• Updated
17 February 2026
LSCP

Does grammatical gender influence our thinking?

In a  TED Talk viewed more than 15 million times, American researcher Lera Boroditsky summarises what we know about how the language we speak influences our thinking. One of the linguistic features she discusses is grammatical gender. For example, the word bridge is masculine in Spanish (el puente) and feminine in German (die Brücke); Spanish speakers would describe bridges as long and strong, stereotypically masculine words, while German speakers would describe them as pretty and elegant, stereotypically feminine words. However, as no studies attesting to this effect had been published, a research team examined the potential link between grammatical gender and mental conceptualisation in three experiments. The results have just been published in the journal Cognitive Science.

Pont
Le Pont du Gard : long et fort, ou joli et élégant… ?

Dirigée par Sharon Peperkamp, directrice de recherche au Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique (LSCP, UMR8554, CNRS / ENS-PSL / EHESS), et Brent Strickland, chargé de recherche à l’Institut Jean-Nicod (IJN, UMR8129, CNRS / EHESS / ENS-PSL), cette étude a été réalisée en ligne auprès de plusieurs centaines de participantes et participants. Dans chaque expérience, un premier groupe de participantes et participants décrivait des noms d’objet avec trois adjectifs, tandis qu’un deuxième groupe jugeait si ces adjectifs semblaient aller de pair avec des traits féminins vs masculins. 

Dans la première expérience, menée avec des locuteurs et des locutrices françaises, des paires de mots sémantiquement reliés mais s’opposant par le genre grammatical (par exemple, la roue / le pneu) ont été utilisées. Les résultats ne montraient aucun effet du genre grammatical sur la pensée. 

Dans la deuxième expérience, avec des locutrices et locuteurs français et allemands, les scientifiques ont utilisé des mots masculins dans une langue et féminins dans l’autre (par exemple, le pont / die Brückela montagne / der Berg). Les résultats ne montraient à nouveau pas d’effet du genre grammatical sur la pensée pour le français. Pour l’allemand, en revanche, il y avait un petit effet : les adjectifs étaient jugés comme correspondant plutôt à des traits féminins pour des noms grammaticalement féminins et à des traits masculins pour des noms grammaticalement masculins.

Dans la troisième expérience, avec des locutrices et locuteurs allemands, les mêmes noms ont été utilisés, mais ont été présentés au pluriel, de façon à ce que l’article n’indique plus le genre grammatical (die Brücken, die Berge). Là encore, les résultats montraient le même effet. Cet effet était néanmoins bien plus petit que celui de la catégorie sémantique : les adjectifs utilisés pour décrire des artefacts — comme pont — avaient tendance à être associés à des traits masculins, et ceux utilisés pour décrire des éléments naturels — comme montagne — à des traits féminins. Ces associations artefact-masculin et nature-féminin sont bien connues et ont déjà été observées dans plusieurs autres langues.

La question de l’influence du langage sur la pensée est vieille de presque un siècle. Si la forme radicale de l’hypothèse whorfienne, selon laquelle la langue que nous parlons détermine strictement notre pensée, n’est plus soutenue aujourd’hui, des expériences en sciences cognitives ont permis de mettre en lumière des cas où le langage façonne la pensée de manière subtile. Située au cœur du débat actuel, cette étude montre que si les locutrices et locuteurs allemands semblent être légèrement sensibles au genre grammatical par leur façon d’imaginer des objets, ce n’est pas le cas des locutrices et locuteurs français, même lorsque le genre grammatical est mis en évidence par la présence de l’article (le ou la). En dépit de ce qui a été diffusé comme fait établi à portée universelle au grand public, l’effet du genre grammatical sur la conceptualisation mentale est faible et dépend de la langue.

Référence

Xiao H., Cremers A., Straboni C., Strickland B., Peperkamp S. 2026, The Influence of Grammatical Gender on Object Conceptualization Is Weak and Language-DependentCognitive Science

Lire le communiqué du CNRS