Interview
• Updated
08 June 2020

Lockdown and gradual lockdown exit at the DEC, three testimonials

Meet with Matthieu Koroma, doctoral student at the Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique (LSCP), Camille Straboni, lab manager of the department, and Franck Ramus, co-director of the Cogmaster, who testify about this unprecedented situation.

Matthieu Koroma, doctorant au LSCP

Doctorant au Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique du DEC, Matthieu Koroma a participé à des travaux sur le sommeil publiés pendant le confinement dans le journal Current Biology. Entretien avec un jeune doctorant, pour la première fois premier auteur d’une publication scientifique, et recueil de son témoignage sur son quotidien pendant le confinement et le déconfinement.

Un parcours pluridisciplinaire

Après avoir commencé des études de biologie, Matthieu Koroma intègre le Cogmaster, aujourd’hui appelé Master de sciences cognitives de PSL. "Au cours d’une première année de Master enrichissante, j’ai remarqué que le dialogue interdisciplinaire au sein des sciences cognitives nécessitait une formation initiale dans plusieurs disciplines". Il décide alors de faire une année de licence de philosophie à la Sorbonne puis réintègre le Master. "J’ai repris en deuxième année et cela m’a ouvert à des connaissances plus poussées intégrant différentes disciplines des sciences cognitives." Il s’intéresse alors plus précisément à la conscience et ses différentes formes au cours du sommeil et décide de poursuivre ses recherches sur la déconnexion du sommeil dans le cadre d’un doctorat au LSCP, au sein de l’équipe Cerveau et Conscience dirigée par Sid Kouider. "Nous cherchons à déterminer dans quelle mesure le cerveau dormant reste réceptif aux informations du monde extérieur, et si, au contraire, il se focalise sur sa propre activité, comme le rêve ou la consolidation de la mémoire, au cours de certaines phases de sommeil." 

Des travaux de recherche sur le cerveau rêveur 

NatureSes travaux sur le sommeil viennent d’être publiés dans le journal Current Biology. Ils s’inscrivent dans la continuité de travaux précédents qui démontrent que le cerveau continue à écouter sélectivement certains sons de l’environnement pendant le sommeil (Legendre et al., 2019). Alors que l’étude précédente se focalisait sur le sommeil lent, le même protocole a été réalisé en sommeil paradoxal présent en fin de nuit. L'article révèle que le cerveau, lorsqu'il rêve, supprime les informations du monde extérieur qui pourraient interférer avec son activité onirique. S’il a déjà contribué à plusieurs travaux de recherche, c’est la première fois que Matthieu Koroma est premier auteur d’une publication. Ce travail est essentiel pour l’obtention du doctorat. "Les critères en termes de publications varient néanmoins en fonction des écoles doctorales et des disciplines" explique-t-il. "En effet, un résultat en neurosciences est généralement plus long à obtenir qu’un résultat en psychologie en raison d’outils méthodologiques plus complexes à manier. Au sein de notre école doctorale ("Cerveau, Cognition, Comportement"), le minimum requis est d’avoir soumis au moins un travail de recherche pour être publié dans un journal international à comité de lecture. Comme le processus de publication en lui-même peut prendre du temps et dépend en partie de facteurs indépendants de la volonté des chercheurs, la publication finale de ces travaux n’est pas forcement requise"

Une soutenance de thèse à distance

Matthieu Koroma a été "chanceux". Le confinement est arrivé alors qu’il rédigeait sa thèse. "Cela ne m’a donc pas affecté personnellement comme cela peut être le cas pour d’autres doctorants qui ne peuvent plus réaliser d’expériences." Il avoue cependant moins bien travailler chez lui qu’au DEC où les interactions avec d’autres chercheurs sont stimulantes. Le maintien des mesures de distanciation physique lui imposent de soutenir sa thèse en visioconférence, ce qui lui permettra, certes, d’avoir un jury international et d’augmenter la diffusion de sa soutenance, mais le privera aussi du côté cérémonial et des célébrations qui s’en suivent, habituellement. 

Une situation de pandémie riche en enseignements d’un point de vue de la pratique scientifique 

Avec la pandémie de COVID-19, le confinement et la sortie progressive du confinement, nous traversons une période inédite à laquelle nous avons eu peu de temps pour nous préparer. Certaines personnes semblent s’être adaptées plus facilement que d’autres. Pour Matthieu Koroma, cette situation de pandémie a été riche en enseignements d’un point de vue de la pratique scientifique, a ouvert de nouveaux horizons pour la collaboration internationale et a contribué à accroitre l’utilisation des outils numériques. "Je suis particulièrement sensible au partage des savoirs au sein de la communauté scientifique qui a été très important durant cette période et qui a été accéléré grâce aux outils issus du cadre de pensée de la science ouverte (open science)". Il ajoute qu'il s’attend à l’avenir à davantage de collaboration à chaque étape du processus scientifique, "notamment du point de vue du partage des financements, des protocoles, de la collecte de données, des outils d’analyses, et des résultats scientifiques au sein de la communauté scientifique et avec l'ensemble de la société." Engagé pour une société plus "juste", il considère aussi que cette pandémie s’inscrit dans une série d’événements climatiques et politiques fortement liés qui seront amenés à se poursuivre si le fonctionnement de notre société ne change pas. 


PLUS D'INFOS
- Illustration de Laure Koroma
- Communiqué CNRS "Le cerveau rêveur se coupe du monde extérieur"
- Communiqué CNRS "Le cerveau "endormi" reste attentif à son environnement"


Camille Straboni, lab manager du DEC

CamilleAvant de devenir lab manager de la plateforme expérimentale du DEC, Camille Straboni a étudié les neurosciences et fait de la recherche à Londres. Au DEC, elle gère la plateforme expérimentale où des expériences sont menées en sciences cognitives avec des volontaires. Elle parle de son métier et de l’impact de la crise sanitaire sur son activité. 

Support technique pour les expériences 

De la gestion des rendez-vous avec les participant(e)s à la réservation des cabines de tests - elle finalise d’ailleurs la mise en place d'un système de rappel des rendez-vous par mails et sms - Camille veille aussi au bon état des cabines et gère l’achat du matériel pour la plateforme. "J’apporte aussi mon aide en amont ou en aval des expériences" ajoute-t-elle. En assurant par exemple un accompagnement dans le processus de soumission des demandes de validation des expériences par des comités d'éthiques ou la mise en place d'expériences avec de nouveaux protocoles tels que des tests à distance, en ligne ou hors site via l’utilisation de tablettes. L'amélioration des conditions d'acquisition des données expérimentales fait aussi partie de ses missions. "Nous avons eu récemment des bruits parasites pendant des acquisitions en EEG (électroencéphalographie), système qui peut être perturbé facilement par des appareillages environnants. Ma mission a été d’identifier des solutions et de les mettre en œuvre afin d’obtenir des enregistrements physiologiques de très grande qualité." 

Développement de l’expérimentation en ligne 

Les expériences au sein du département impliquent régulièrement de faire venir des volontaires sur site pour passer des tests dans le cadre de travaux de recherche sur des sujets aussi variés que la prise de décision, les interactions entre les viscères et le cerveau ou les interactions sociales. Les expériences consistent pour la plupart à enregistrer les réactions simultanées des participant(e)s à des stimuli visuels ou auditifs comme, par exemple, les réponses à des tests perceptifs et cognitifs, la transpiration instantanée (réponse électrodermale), la mesure du mouvement des yeux (eyetracking ou oculométrie), la mesure de l’activité cardiaque (ECG, electrocardiogramme) ou cérébrale (EEG, technique d'imagerie cérébrale non invasive), l'expression du visage au moyen de capteurs musculaires permettant de détecter un sourire, ou encore les mouvements des sourcils. Certains travaux de recherche ont pu être poursuivis grâce aux outils numériques pendant le confinement. "Nous avons acquis de nouvelles ressources, souscrits des abonnements à des plateformes de tests en ligne permettant de mener des expériences à distance. Testable et Pavlovia sont des plateformes permettant notamment de publier des expériences, recruter puis rémunérer les participant(e)s." Malgré le déconfinement, les activités expérimentales n'ont pas encore repris au département. La reprise des expériences impliquant la venue de volontaires sur site est conditionnée à la mise au point d’un protocole sanitaire rigoureux permettant de garantir la sécurité sanitaire des participants. 

Camille considère qu’elle a eu beaucoup de chance pendant le confinement. "Malgré l’arrêt de nombreux travaux de recherche, cette situation a donné naissance à de nouvelles activités pour moi. J’ai pu avancer sur certains projets, en approfondir d’autres qui me tenaient à cœur, à distance, avec une plus grande concentration, dans de bonnes conditions. Je me suis trouvée finalement très occupée !" A titre plus personnel, elle ajoute que le confinement lui a permis de renforcer son amitié avec ses colocataires et de créer un véritable potager dans leur appartement parisien ! 

 

Franck Ramus, co-directeur du Master de sciences cognitives de l'Université PSL

Chercheur au Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique (LSCP), Franck Ramus dirige le Master de sciences cognitives (Cogmaster) de l'Université PSL avec Thérèse Collins (Université Paris Descartes). Le Cogmaster regroupe 72 étudiants. 

Enseigner à distance pour assurer la continuité pédagogique

COGMASTERLes étudiants du Cogmaster étaient en vacances la semaine précédent le début du confinement. Franck Ramus explique que l’accélération de la propagation du Covid-19 dans le monde a alerté l’équipe pédagogique sur la nécessité de se préparer à un confinement imminent et donc à la mise en place d’un très probable enseignement à distance pour garantir la continuité des cours. La décision a été prise et communiquée aux élèves et aux enseignants dès le 11 mars, veille de l'annonce de la fermeture des écoles, six jours avant le confinement. 

Adaptation et ajustements des pratiques

L’enjeu était de pouvoir très rapidement rassurer les étudiants quant à la continuité de l’enseignement. Des outils numériques et des solutions techniques adaptées au contexte et aux besoins spécifiques des enseignants et des élèves ont été identifiées. L’équipe pédagogique a fait un travail remarquable pour revoir les objectifs pédagogiques, la méthode, les calendriers en très peu de temps. Les stages effectués en deuxième année de master ont été aussi maintenus. Les élèves stagiaires effectuant des travaux théoriques, faisant de la modélisation, ou bien ayant récolté suffisamment de données en laboratoire avant le confinement ont pu continuer à travailler sans difficulté. Pour les autres, le contenu et les objectifs des stages ont été modifiés et adaptés à cette situation exceptionnelle. 

Un retour nécessaire sur site, tout en restant prudent 

Si le retour des étudiants et des enseignants dans les salles de cours et dans les laboratoires n’est pas envisagé avant le mois de septembre à l’ENS, Franck Ramus souligne l’importance, dès aujourd’hui, d’anticiper le retour éventuel de l’épidémie en prévoyant un plan de continuité pédagogique à distance en s’appuyant sur l’expérience acquise. Une consultation auprès des étudiant(e)s et des enseignants a déjà été lancée par la direction du master pour obtenir un retour sur les pratiques et outils les plus appréciés et faire le point sur les difficultés rencontrées. 
Il conclut en ajoutant combien la reprise des cours sur site à l’ENS est essentielle, rappelant que la richesse de notre établissement s’est bâtie sur la fertilité des échanges entre les enseignants et les élèves, au plus près des projets de recherche et des évolutions de la science.

PLUS D'INFOS
Site internet du Master de sciences cognitives de l'Université PSL