Research
• Updated
13 May 2025
LSCP

Parents tend to be more linguistically engaged with girls

Une étude récemment publiée dans la revue Learning and Individual Differences explore comment l'engagement linguistique des parents diffère entre les garçons et les filles et comment il influence le développement du langage des enfants. Il a été constaté que les parents ont tendance à s'engager davantage avec les filles qu'avec les garçons dans la petite enfance. Cet engagement accru explique en partie pourquoi les filles obtiennent souvent de meilleurs résultats en matière de compétences linguistiques et d'alphabétisation. 

Rencontre avec Lilas Gurgand, doctorante en troisième année de thèse au Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique (LSCP) à l’ENS et première autrice de l’article. 

Votre premier article de thèse a été co-écrit avec les chercheurs Hugo Peyre & Franck Ramus. Il porte sur les disparités entre les sexes dans l'engagement linguistique des parents et dans le développement du langage des enfants. Cette étude permet de mieux comprendre les écarts de développement langagier entre filles et garçons dès la petite enfance. Pouvez-vous nous la présenter ? 

L’étude utilise les données de la cohorte ELFE (Étude Longitudinale Française depuis l'Enfance) pour examiner les différences dans l'engagement linguistique auto-reporté des parents envers leurs enfants en fonction du genre de l'enfant, et leur relation avec les compétences langagières des enfants. Les objectifs principaux sont de déterminer si l'engagement verbal des parents diffère entre les filles et les garçons et, dans un second temps, d'analyser si ces différences dans l'engagement parental peuvent en partie expliquer les écarts observés dans les compétences langagières des enfants.

Les résultats montrent que l'engagement verbal des parents est plus fort avec les filles. Pour quelle (s)raison(s) ? Est-ce dû à l’existence d'un biais (stéréotype selon lequel les filles sont meilleures en langage que les garçons) au sein même de la cellule familiale ? Sait-on à quel moment il apparaît ? 

Les résultats de notre étude montrent que les parents, tant les mères que les pères, interagissent plus verbalement avec leurs filles qu'avec leurs fils. Ces différences d’engagement linguistique ne sont pas très grandes, mais elles sont retrouvées dans nos données pour tous les âges étudiés (1, 3.5 et 5.5 ans), et pourraient ainsi en partie expliquer les écarts de genre en langage. Ce phénomène pourrait être lié à des stéréotypes de genre, selon lesquels les filles sont perçues comme plus compétentes en langage, ce qui pourrait les amener à recevoir plus d'attention verbale de la part de leurs parents. Il est possible qu'une telle différence d'engagement soit simplement expliquée par un effet évocatif : les filles, parlant plus tôt ou mieux, susciteraient en retour davantage d'interactions linguistiques. Cependant, même après avoir pris en compte les compétences langagières antérieures des enfants dans l’analyse, des différences d'engagement parental persistent, bien que réduites, suggérant qu'il existe probablement d'autres facteurs qui contribuent à ces disparités.

Retrouve-t-on ce même "biais" dans les interactions entre les enseignant·es et les élèves ? 

Concernant les enseignant·es, certaines études suggèrent qu’ils et elles perçoivent les filles comme meilleures en langage, indépendamment de leur performance réelle (c'est d'ailleurs l'objet d'une étude sur laquelle nous travaillons en ce moment !). En revanche, à ma connaissance, la littérature sur les interactions directes observées en classe reste assez limitée, notamment depuis une quinzaine d’années, probablement en grande partie parce que ces observations demandent beaucoup de temps à réaliser. Et nous ne disposons pas de telles données dans notre étude. 

Quels sont les autres facteurs qui peuvent expliquer les différences de performances entre filles et garçons ? Sont-ils connus et identifiés ?

Les facteurs pouvant expliquer les différences de performance en langage entre filles et garçons sont encore mal compris, et plus de travaux sur le sujet sont nécessaires pour mieux cerner les mécanismes en jeux. 

En plus de l’engagement parental, plusieurs autres facteurs pourraient contribuer aux différences de performances langagières entre filles et garçons. Par exemple, dans le milieu scolaire, il est possible que les enseignant-e-s aient, en moyenne, des attentes plus élevées vis-envers les filles en matière de langage. De telles attentes pourrait engendrer un phénomène de prophétie autoréalisatrice : des attentes élevées (qu'elles soient réalistes ou non) pourraient inciter l'élève à répondre à ces attentes et améliorer ses performances. À l'inverse, des attentes plus faibles pourraient limiter le développement des compétences des élèves. Si ces attentes diffèrent selon le genre, elles pourraient participer aux écarts de performance observés en langage. Cela dit, les données empiriques sur la manière dont ces attentes se traduisent concrètement dans les interactions en classe restent limitées, et davantage d’études sont nécessaires pour mieux documenter ces dynamiques. Enfin, des éventuels facteurs biologiques, susceptibles d’influencer le rythme de développement des enfants, sont difficiles à isoler et à interpréter ; leur rôle exact reste à mieux comprendre.

Il est important de souligner que les biais observés chez les parents et les enseignants sont souvent le reflet des biais de la société dans son ensemble. Ainsi, ces biais ne doivent pas être interprétés comme une responsabilité purement individuelle. Il est donc essentiel d’adopter une approche non culpabilisante, tout en cherchant à identifier des leviers pour réduire ces biais et promouvoir une égalité réelle entre filles et garçons dans le développement de leurs compétences langagières.

Comment remédier à cet écart ? Quels sont les leviers d'actions possibles ?

Plusieurs pistes peuvent être envisagées pour tenter de réduire les écarts observés, tout en soulignant qu’il est essentiel d’évaluer rigoureusement l’efficacité de toute intervention. Sensibiliser les parents et les enseignant-e-s à l’influence possible de leurs pratiques différenciées selon le genre, et promouvoir un engagement verbal plus équilibré envers les filles et les garçons, pourraient être des premières étapes. Encourager la participation des garçons aux activités langagières dès le plus jeune âge, à la maison comme à l’école, est une piste à explorer. Par ailleurs, il pourrait être utile d’introduire des programmes de formation destinés aux enseignant-e-s pour les aider à mieux identifier et ajuster d’éventuelles pratiques genrées. Des interventions ciblées dès la petite enfance pour encourager une socialisation et des interactions verbales plus égalitaire pourraient également avoir un impact positif en agissant tôt dans le développement. Enfin, il serait particulièrement utile de mener des études expérimentales pour tester concrètement l’effet de certaines modifications dans les pratiques parentales ou éducatives, afin de déterminer si elles contribuent effectivement à réduire les écarts de développement langagier.

Vos recherches portent sur les différences de genre dans les performances scolaires au début de la scolarité, et sur les facteurs environnementaux pouvant les favoriser, à la fois dans la sphère scolaire et familiale. L'engagement pour une société plus égalitaire est-il le moteur de vos recherches ?

Oui, c’est une dimension importante de mon travail. L’étude sur les interactions parentales et le langage s’inscrit dans un travail plus large sur les inégalités de genre dans le développement des compétences scolaires. Cette question est au centre de la majeure partie de ma thèse, qui porte sur les différences filles-garçons en mathématiques. J’y explore notamment comment différents facteurs scolaires et familiaux peuvent contribuer à ces écarts. À travers ces travaux, je vise à mieux comprendre les facteurs en jeu, afin d’éclairer les discussions sur les leviers possibles vers une réduction des écarts de performance scolaire.

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Gurgand, L. , Peyre, H. & Ramus, F. (2025). Gender disparities in parental linguistic engagement and in children's language developmentLearning and Individual Differences, 120(102679). doi:10.1016/j.lindif.2025.102679