ENS, Jaurès, 29 rue d’Ulm, 75005, Paris
Le jury :
Daniel Schmitt, Université de Lorraine, rapporteur
Mélanie Roustan, MNHN, rapporteure
Jacqueline Eidelman, Ecole du Louvre, examinatrice
Viviana Gobbato, Université Paris-Saclay/ UVSQ/ CHSC, examinatrice
Jérôme Dokic, EHESS, examinateur
Sylvain Briens, Sorbonne Université, examinateur
Adeline Rispal, architecte-scénographe, invitée
Résumé : Cette thèse propose une exploration transdisciplinaire des expériences de désorientation dans les espaces d’exposition, articulant muséologie, design d’expérience, sciences cognitives et philosophie. En contexte muséal, la désorientation, loin d’être une simple perte de repères, se pose comme une notion multidimensionnelle, qui donne corps à une tension fertile entre le familier et l’inhabituel, transformant l’expérience de visite en une implication physique et cognitive active, et dotée d’une véritable portée critique. À travers l’étude de dispositifs innovants d’analyse (oculométrie ; GarganText, plateforme spécialisée en analyse linguistique), la thèse met en évidence la complexité et la richesse de l’expérience muséale, qui ne peut se réduire à de « bonnes » ou de « mauvaises » expériences de visite, et ne doit pas être traité par les concepteurs de l’exposition comme telles. Cette exploration de l’inhabituel, qu’elle soit spatiale, temporelle, métaphorique, émotionnelle, sensorielle ou conceptuelle révèle le potentiel de la désorientation à ouvrir des brèches dans les cadres de références humains et à favoriser une relecture du monde contemporain. La désorientation n’est plus appréhendée comme un simple obstacle mais comme une expérience avec un potentiel expérientiel nouveau : elle devient source de créativité, de réflexion critique et de transformation, tant du côté des artistes que des institutions. Cette thèse propose de penser le musée comme un laboratoire vivant : un espace d’exploration, d’expérimentation et de co-construction du savoir, capable de s’adapter aux crises socio-environnementales contemporaines et d’ouvrir la voie à des formes renouvelées d’apprentissage et d’engagement citoyen. La complémentarité entre orientation et désorientation apparaît alors comme un moteur de transformation, invitant à concevoir des expositions résolument ouvertes à la complexité contemporaine.