Depuis cinq ans, Christian Lorenzi et son équipe au sein du Laboratoire des Systèmes Perceptifs mènent des projets de recherche sur l'écologie auditive humaine - un programme de recherche en sciences de l'audition qui étudie les interactions entre les êtres humains et leur environnement acoustique et plus particulièrement l'environnement sonore naturel - en collaboration avec le Museum national d'Histoire naturelle à Paris et l'IRL iGlobes en Arizona. Comment entendons-nous le vivant ? Deux études récemment publiées apportent un nouvel éclairage sur notre compréhension des mécanismes perceptifs mis en oeuvre dans l'écoute de la composante biologique de notre environnement sonore.
Nicole Miller-Viacava, chercheuse et première autrice des deux études, a construit une base de 11 000 paysages sonores naturels enregistrés dans des forêts tropicales, sub-tropicales, boréales et tempérées, une savane et un désert, à plusieurs moments de la journée et niveaux de précipitation. Cette base intitulée Hearbiodiv est le fruit d'une coopération internationale avec des équipes d'écologues de plusieurs pays. Les analyses audio menées par Nicole Miller-Viacava ont permis de caractériser les régularités statistiques de ces paysages sonores naturels dans le domaine des modulations spectrales et temporelles, et démontré que chaque habitat présente une signature acoustique unique, fortement déterminée par le degré de biodiversité de l'habitat. Ce premier résultat est important car il démontre que les scènes sonores naturelles, malgré leur forte variabilité, sont hautement structurées dans le domaine spectral et temporel.
Cette première investigation a été complétée par une seconde étude de type comportemental. Un groupe d'auditeurs et d'auditrices a écouté chaque échantillon de la base Hearbiodiv avec pour tâche de détecter des vocalisations animales (oiseaux, insectes, amphibiens, mammifères), des actions animales ou des sons d'origine géophysique (vent, pluie, cours d'eau). Les participants et les participantes étaient cohérent·es dans leurs réponses liées aux vocalisations, mais beaucoup moins en ce qui concerne les sons géophysiques et les actions animales. Les analyses menées sur leurs réponses mettent en évidence l'usage de gabarits perceptifs spectro-temporels distincts entre habitats fermés (forêts) et ouverts (désert et savane), reflétant des différences dans les modes de propagation des sons.
Par leur variété, ces gabarits perceptifs démontrent que - contrairement à des études antérieures - les êtres humains ne se reposent pas uniquement sur l'harmonicité (et la tonalité) et les fluctuations d'amplitude lentes pour détecter auditivement la présence de vie dans leur environnement proche. D'autres indices (par exemple, des fluctuations d'amplitude rapides) sont pris en compte en fonction de l'habitat. Ces gabarits pourraient par ailleurs guider le développement de nouvelles méthodes de suivi de la biodiversité inspirées du fonctionnement du système auditif humain.
Pris ensemble, ces résultats renouvellent notre compréhension des mécanismes perceptifs mis en oeuvre dans l'écoute de la composante biologique de notre environnement sonore.
POUR EN SAVOIR PLUS
- Ecologie auditive humaine - Page Wikipedia
- Christian Lorenzi
Références:
Miller-Viacava, N., Ferriere, R., Friedman, N. R., Mullet, T. C., Sueur, J., Willie, J. & Lorenzi, C. (2026, in press). Spectro-temporal modulation templates for human perception of animal vocalisations in natural soundscapes. Journal of the Acoustical Society of America.
Miller-Viacava, N., Apoux, F., Ferriere, R., Friedman, N. R., Mullet, T. C., Sueur, J., Willie, J. & Lorenzi, C. (2026). Modulation statistics of natural soundscapes. Journal of the Acoustical Society of America, 159, 1263–1289.