Portrait
Mis à jour
06 mai 2020

L’engagement de Jérémie Beucler dans la lutte contre le Covid-19

Elève au DEC, Jérémie Beucler est aussi bénévole à la Protection civile de Paris Seine du 5e arrondissement. Gardes au SAMU, maraudes sociales, distribution de paniers-repas : depuis le début de la pandémie, le normalien est sur tous les fronts.

JBeucler

Après une classe préparatoire littéraire, Jérémie Beucler est entré à l’ENS-PSL via le concours de lettres modernes, avant de bifurquer vers la psychologie. Désormais en 3e année au DEC et en licence de psychologie à l’Université de Paris, le jeune homme, enthousiasmé par ses cours, se destine à une carrière d’enseignant-chercheur en psychologie cognitive ou en psychologie sociale.
Une passion pour les relations humaines et une envie d’aider les autres qui prend forme aussi dans un engagement auprès de la Protection civile Paris Seine depuis plusieurs années maintenant.
Désireux de prendre un peu de recul sur le monde académique et poussé par le besoin d’agir, Jérémie Beucler est devenu secouriste bénévole à l’antenne du 5e arrondissement de la Protection civile dès sa sortie de classe préparatoire. Deux ans d’expérience qui lui sont aujourd’hui plus qu’utiles.

Un quotidien au contact des patients

Depuis le début de la pandémie, les bénévoles sont sur tous les fronts : « gardes au SAMU dédiées à la prise en charge des patients atteints du Covid-19 (levée de doute, prompt secours, transport…), gardes à la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), maraudes sociales et distributions de repas dans toute la capitale, plateforme téléphonique d’appel aux personnes les plus vulnérables… » énumère l’étudiant. Des missions où respecter à la lettre les protocoles de santé et de sécurité est indispensable.

Lorsqu’il est de garde au SAMU, Jérémie Beucler et son équipe commencent systématiquement par se laver les mains, vérifier leur température, désinfecter le véhicule de premiers secours et en faire l’inventaire. Puis, en fonction des appels au 15, ils sont envoyés dans tout Paris pour prendre en charge le patient concerné. S’il s’agit d’une suspicion de Covid-19, ils doivent mettre en place les équipements de protection nécessaires : masque, lunettes, charlotte, surblouse et gants. En fonction de l’état du malade, ils effectuent les gestes appropriés (par exemple, lui administrer de l’oxygène) et réalisent ensuite un bilan transmis à la coordination médicale, avant d’assurer, si besoin, le transport vers un l’hôpital. L’équipe doit impérativement nettoyer l’intégralité du véhicule avant de pouvoir réaliser l’intervention suivante.

Les journées sont ainsi bien remplies et devant l’urgence, les secouristes n’ont pas le temps de s’arrêter : « depuis le début de l’épidémie, nous ne sommes plus que 3 personnes par véhicule contre 4 auparavant ; c’est très formateur, car cela nous oblige à être plus autonomes. La fréquence et la durée des interventions ont aussi augmenté, si bien qu’à la fin de la journée nous sommes souvent très fatigués. » explique Jérémie.

Comment maintenir un équilibre entre engagement, études et vie personnelle

À ce quotidien très dense s’ajoutent pour le jeune homme d’autres missions ponctuelles, comme l’assistance au transfert en TGV médicalisé de patients atteints du Covid-19 en réanimation, de l’Île-de-France vers la Bretagne. Il devrait aussi se rendre prochainement dans les EPHAD pour y assister le personnel.

Un engagement prenant, que le normalien essaye tout de même de limiter à deux ou trois missions par semaine pour pouvoir suivre ses études : « à côté de cela, les cours continuent à distance, de même que mon stage dans le cadre de mon cursus à l’ENS-PSL. Je n’ai donc pas vraiment le temps de m’ennuyer durant le confinement, et j’essaie de trouver un équilibre entre les études et le bénévolat – ce qui est parfois difficile. »

Et si son volontariat a immanquablement eu un impact sur le quotidien de Jérémie, cela a aussi modifié son regard sur la pandémie et la responsabilité citoyenne de chacun : « mon engagement m’a fait mesurer la gravité de la situation, dans la mesure où nous avons pris en charge de nombreuses personnes présentant des formes sévères du Covid-19. Ce n’est pas la même chose d’en entendre parler à la télévision et de le constater de ses propres yeux. Cela m’a donc poussé à être plus rigoureux en ce qui concerne l’application des gestes barrières. J’ai aussi pu constater l’efficacité des mesures de confinement « en direct », dans la mesure où les appels au SAMU et donc les interventions, ont commencé à diminuer au bout de quelques semaines. »

Pour l’aider à traverser cette période particulière, l’étudiant est heureusement bien entouré et téléphone souvent à sa famille et à ses amis. « J’ai l’impression d’avoir de la chance car mon engagement à la Protection Civile me permet à la fois de sortir de chez moi et de voir d’autres personnes, tout en me laissant la possibilité de ralentir le rythme si je suis trop fatigué. C’est un luxe que n’ont pas par exemple les pompiers ou les professionnels travaillant dans les hôpitaux. » conclut-il avec lucidité sur son expérience.

Entretien réalisé par le service de communication de l'ENS.